Yoshiatsu (vo.) – Townwork (20.12.2017)

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Interview de Yoshiatsu (DADAROMA) 『Les jobs à temps partiel sont des lieux où l’on apprend à connaître ses différentes aptitudes. Les résultats qu’on en obtient, en se confrontant à ce que l’on veut faire, devraient conduire à un « travail »』【Notre discussion à propos du travail vol.23】

Les artistes et groupes de Visual Kei continuent de fasciner les fans jour et nuit avec leurs rythmes et mélodies sophistiqués. Ils sont actifs sur scène mais ont souvent fait face à de douloureuses expériences qui les ont amenés à grandir. Dans cette série, nous allons creuser dans les expériences de travail passées de ces artistes et les amener à nous parler de sujets qu’ils n’ont jamais abordés.

DADAROMA, avec ses refrains entraînants et ses morceaux lourds fortement teintés de métal, est impressionnant. Nous voulions écouter les expériences de jobs à temps partiel du chanteur, Yoshiatsu, pendant ses années d’étudiant. Nous vous offrons une interview qui traite également de l’origine des paroles qu’il compose actuellement, en abordant les jobs à mi-temps qu’il a exercés la nuit en arrivant à Tokyo et qui ont réellement secoué sa sensibilité.

 

« Je me disais que je me sentais chez moi dans le rayon sucreries du conbini. »

 

TOWNWORK
Veuillez nous parler de vos expériences concernant vos jobs à temps partiel jusqu’à présent.

YOSHIATSU
C’était des trucs normaux. C’était aux alentours de chez moi, pendant que j’étais étudiant, comme travailler au conbini, au supermarché, à l’usine, etc…

TOWNWORK
Est-ce que votre premier job à temps partiel a été dans un conbini?

YOSHIATSU
Oui. Quand j’étais en 1ère année au lycée, je voulais offrir un cadeau d’anniversaire à ma petite amie de l’époque, alors j’ai commencé un job à temps partiel 3 mois avant son anniversaire. Après ça j’ai continué, mais pendant un peu moins d’un an, quelque chose comme ça. Concernant les jobs à temps partiel en eux-mêmes, n’importe quoi m’allait du moment que je pouvais gagner de l’argent, alors j’ai postulé pour un job à mi-temps dans un conbini près de chez mes parents.

TOWNWORK
Quelles étaient vos responsabilités au conbini?

YOSHIATSU
J’étais à la caisse ou je mettais les articles en rayon, mais j’aimais bien le coin des sucreries (rires).

TOWNWORK
Parce que vous aimez ça? (rires)

YOSHIATSU
Elles avaient une place précise, alors j’étais obnubilé avec ça et je les alignais joliment de moi-même. De plus, j’étais dans une zone rurale, très différente de la ville, alors il n’y avait pas beaucoup de clients d’un coup, donc à chaque fois qu’un article était acheté, dès que le client partait je bondissais immédiatement pour aller le remplacer et que tout reste parfait (rires). Le fait qu’une place soit vide me faisait me sentir mal à l’aise… même chez moi, chaque chose a sa place établie, comme la télécommande, etc… et je déteste quand ce n’est pas à sa place. Concernant le rayon des sucreries, vu que je le considérais comme ma maison, c’était mon territoire (rires).

TOWNWORK
Est-ce que vous étiez exigeant seulement avec le rayon sucré?

YOSHIATSU
Oui. Mais de moi-même, j’étais aussi absorbé par la disposition du rayon magazine, du genre « Je me demande si ça ne rendrait pas plus joli comme ça… » (rires). Enfin, peut-être que je suis le genre de personne qui décide arbitrairement « C’est mieux comme ça ».

TOWNWORK
Alors vous aviez déjà un esprit créatif à cette époque-là.

YOSHIATSU
Dis comme ça, je le prends bien (rires).

 

« Je pensais ne pas être fait pour un travail où l’on répète toujours la même chose. »

TOWNWORK
A l’inverse, est-ce qu’il y avait des choses dans lesquelles vous n’étiez pas bon?

YOSHIATSU
Vu que j’ai un tempérament changeant, plus que le contenu du travail en lui-même, j’ai du mal à répéter la même chose encore et encore, et j’ai commencé à me dire à cette époque-là « Je ne suis pas fait pour un travail routinier. »

TOWNWORK
Est-ce que vous étiez dans un groupe à ce moment-là ?

YOSHIATSU
Mes deux parents faisaient de la musique, donc j’étais naturellement intéressé par ça. Quand j’étais en dernière année au lycée, j’avais déjà un groupe, mais à cette époque je ne pensais pas encore à faire de la musique mon métier. Un peu plus tard, j’ai travaillé dans une usine dans laquelle un ami m’avait fait entrer et le taux horaire était élevé. Je portais des vêtements de travail et je travaillais en continu depuis tôt le matin jusque dans la soirée selon un système de travail à la chaîne, c’est à ce moment-là que j’ai clairement remarqué : « Ah, je ne suis pas fait pour le travail routinier ».

TOWNWORK
Ce que vous avez ressenti au conbini a été confirmé.

YOSHIATSU
Oui. Je peux penser à 36 choses en même temps, alors j’ai fini par me dire : « C’est impossible que je répète la même chose encore et encore = je ne suis pas fait pour travailler » (rires). Si j’exagère, je dirais que j’ai fini par être en pleine crise d’identité, à me demander : « Pourquoi est-ce que je suis en vie, pour accomplir quoi ? ». Le temps est vraiment important, et j’ai fini par penser, alors que je devenais adulte : « Ce que je veux faire, ce n’est pas ça ! ».

TOWNWORK
Alors vous êtes devenu conscient du fait que vous étiez en train de « travailler », c’est ça ?

YOSHIATSU
Oui. Alors peut-être que mon idée générale sur le fait de travailler a légèrement évolué. Je pense que ce serait bien si le fait de continuer ce que je veux faire était en relation avec le fait de travailler, et me concernant, c’était être dans un groupe. Bien sûr, c’est le souhait de chacun, et je pense que ce n’est pas quelque chose de facile, mais si je ne fais pas ça, il n’y a rien d’autre que je puisse faire. Et même à présent, je ne joue pas dans un groupe et je ne fais pas de la musique avec la sensation d’être en train de « travailler ».

 

« J’ai refusé d’entrer dans l’école d’esthétique où je m’étais inscrit et j’ai pris la grande décision d’aller à Tokyo. »

TOWNWORK
D’ailleurs, après avoir reçu son diplôme de fin de lycée, que devrait faire un jeune homme qui n’est pas fait pour le travail?

YOSHIATSU
En réalité, j’avais prévu de devenir coiffeur, j’étais reçu dans une école d’esthétique. Mais la nuit la veille de la cérémonie d’entrée dans l’école, alors que j’étais sur mon futon, j’ai commencé à me dire : « A partir de demain, je vais me lancer sur la voie pour devenir coiffeur ? ». Je me suis alors dit : « Ah, j’ai tout faux ! »… peut-être que ce n’était pas raisonnable, mais mon cœur a décidé « Je veux faire de la musique, alors allons à Tokyo. » C’était la première fois de ma vie que je désobéissais à mes parents, mais le lendemain je suis allé à Tokyo.

TOWNWORK
Mais devenir coiffeur n’était-il pas votre propre souhait ?

YOSHIATSU
Dans le passé, je me coupais les cheveux moi-même, ou je coupais les cheveux de mes amis, cela faisait partie des choses que j’aimais le plus, mais ce n’était pas décisif et j’ai pris ma décision selon le cours des choses.

TOWNWORK
Quelle était votre situation le jour même?

YOSHIATSU
J’ai reçu un appel téléphonique de mes parents me disant : « Il ne reste que ton siège de vide à la cérémonie d’entrée de l’école! » et j’ai répondu : « Désolé, je ne deviendrai pas coiffeur ». A ce moment, ils m’ont dit : « Désormais tu n’as plus aucun endroit pour revenir. » et j’ai répondu : « C’est compris ». Mais je ne pouvais pas me sentir intimidé si j’avais choisi d’en arriver là, j’étais déterminé. Même si j’étais parti pour Tokyo, je ne connaissais personne là-bas qui faisait de la musique, ni d’endroit où aller, mais à ce moment, être honnête face à ce que je voulais faire et m’y dévouer corps et âme était la meilleure chose à faire, selon moi.

 

« Mon job à temps partiel à Kabukicho a profondément secoué ma sensibilité. »

TOWNWORK
Pourriez-vous nous raconter vos expériences de jobs à temps partiel à partir du moment où vous êtes arrivé à Tokyo?

YOSHIATSU
Mon ami de Tokyo travaillait de nuit et m’a dit « Pourquoi tu ne me rejoindrais pas? ». A ce moment, je n’avais pas de projets pour un éventuel groupe, et ma situation était telle que je ne pouvais pas vivre si je ne faisais rien, alors en attendant j’ai décidé de faire un essai.

TOWNWORK
Vous n’aviez vraiment rien, n’est-ce pas?

YOSHIATSU
Exact, je n’avais rien du tout. Mais je voulais toujours faire de la musique, je suis venu à Tokyo en me disant que ça ne décollerait jamais si je ne me plongeais pas dans cet univers. Donc juste après être arrivé à Tokyo, ma vie de job à mi-temps nocturne a commencée, mais cela s’est avéré être une période qui a vraiment changé ma sensibilité. J’ai travaillé à Kabukicho à Shinjuku, chaque jour je rencontrais des personnes vraiment différentes, je ne devrais peut-être pas dire ça, mais je n’ai eu affaire qu’à des gens qui me parlaient de ce qu’ils avaient sur le cœur. Pour moi qui avais été élevé au fin fond de la campagne, ça a été une expérience personnelle assez profonde. Mais alors que mes journées se passaient ainsi, je me suis dit : « Aah, un tel monde existe aussi » et une nouvelle fois j’ai réalisé : « Aah, je ne suis pas fait pour ça » (rires). J’avais beau travailler dans le secteur de l’hospitalité, je n’étais pas le genre de personne qui était douée pour dire des mensonges ou des flatteries, vous savez (rires).

Mais après avoir quitté ce travail à mi-temps, j’ai testé d’être barman, toujours à Kabukicho, j’ai vu plusieurs types de personnes différentes, et c’est là-bas que mon désir de chanter s’est renforcé. Pour dire ça joliment, je me suis dit qu’il y avait beaucoup de personnes qui semblaient se sentir seules dans cette société, alors je me suis dit : « Est-ce que je ne pourrais pas aider rien qu’un peu ces personnes qui ont de tristes pensées et qui sont seules ? Je veux chanter des chansons qui résonnent en elles. ». C’est le point de départ qui m’a conduit à chanter dans DADAROMA aujourd’hui, ou plutôt, c’est tout ce dont il s’agit à présent.

 

« Je pense que le Visual Kei incarne la créativité. »

TOWNWORK
Par exemple, avant d’en arriver à créer des morceaux, avez-vous eu la possibilité de créer d’autres choses en vous confrontant à un autre type de créativité ?

YOSHIATSU
Je me demande… Peut-être qu’il y a eu des possibilités, mais ce qu’il y a de bien à être dans un groupe, c’est que c’est rempli de divers éléments propices à la création. Si vous voulez dessiner, alors vous pouvez le faire pour la jaquette de votre propre CD, si vous aimez les vêtements ou le design, vous pouvez faire des goodies et des costumes. Et avec le maquillage, vous pouvez exprimer votre personnalité de différentes manières. Concernant le Visual Kei, il s’agissait de l’incarnation de la créativité où je peux faire tout ce que je veux.

TOWNWORK
Par exemple, quel conseil voudriez-vous donner aux personnes qui vont commencer un job à temps partiel après ça ?

YOSHIATSU
Avant tout, je pense que c’est de tout essayer. Je pense que c’est bien de savoir ce pourquoi on n’est pas fait. Mais ce serait mieux de décider de ça tout en réfléchissant à la raison pour laquelle on pense que l’on n’est pas fait pour ça. Parce que cela ne vous apportera rien de juste vous dire : « je n’aime pas, mais je ne sais pas pourquoi. ». Par exemple, dans mon cas, je n’étais pas fait pour le travail répétitif, et je n’étais pas non plus fait pour recevoir des ordres d’autres personnes (rires). Ce n’est pas parce que je déteste recevoir des ordres en eux-mêmes, mais lorsque je me disais : « Hein ? Ce ne serait pas mieux de faire comme ça ? » j’ai ressenti que je n’étais pas fait pour la patience. Je pense que c’est une bonne chose que les activités musicales s’opposent à la soumission. Même si j’échoue dans ce que j’aurais moi-même décidé ou dans la manière dont je me serais comporté, vous me comprendrez, n’est-ce pas ?

 

« Je me suis tourné vers le manager qui me demandait mes réelles motivations et j’ai crié “C’est d’être dans un groupe !! » (rires) »

TOWNWORK
Pour finir, racontez-nous une anecdote inoubliable tirée de vos expériences de travail à temps partiel !

YOSHIATSU
Quand je travaillais dans un supermarché, à cette époque je faisais partie du groupe d’un lycéen, alors nous avions besoin de fonds. Mais mon visage était recouvert de piercings, alors un jour j’ai été convoqué au bureau du supermarché et le manager du magasin m’a crié de toutes ses forces : « Quel est le plus important pour toi, ton travail ou ton groupe ? » J’ai répondu en criant d’une voix deux fois plus agressive que le manager : « Mon groupe !! » mais….. je pensais avoir dit cette réponse dans ma tête (rires). Mais du côté de mon employeur, il m’a dit : « Eh, toi! Qu’est-ce que tu dis ? » (rires) Naturellement, il m’a dit « Si c’est le cas, va-t-en. », mais je m’en doutais (rires).

TOWNWORK
La conséquence d’avoir crié en retour……

YOSHIATSU
Bien sûr, cette journée a été la dernière (rires). Il se trouvait très proche de chez moi, alors après ça c’était vraiment embarrassant, vous savez. Mais maintenant, peut-être que j’aimerais bien revoir ce manager. Je voudrais lui dire : « Désolé pour ce jour-là, mais vous savez, je fais toujours partie d’un groupe. ».

 

Source : https://townwork.net/magazine/serial/c_oretachi/50533/

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